"Norwegian Wood" de Tran Anh Hung
Introducton
Dix sept ans après L’odeur de la papaye verte, Caméra d’Or à Cannes en 1993, le français d'origine vietnamienne Tran Anh Hung revient sur le devant de la scène en adaptant le roman de l’auteur japonais culte, Haruki Murakami. Pour son premier film japonais, Tran se laisse porter par ses décors, notamment de sublimes étendues naturelles qui se dévoilent au gré des saisons.
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Toru Watanabe est un jeune homme discret, qui vient de perdre son meilleur ami. Kizuki s’est suicidé, abandonnant ainsi Watanabe et, surtout, sa petite amie Naoki. Celle-ci glisse peu à peu dans la dépression tandis de Watanabe préfère tourner la page et se concentrer sur ses études. Une relation ambigüe se lie entre les deux jeunes gens. Mais quand l’amour semble enfin renaître, entre ces deux rescapés, Naoki disparaît sans laisser de traces. Watanabe se laisse alors porter par sa vie estudiantine et rencontre la douce Midori. Jusqu’à ce que Naoki refasse surface et l’appelle à la rejoindre dans sa maison de repos perdue au milieu des bois.
De bout en bout, le film est bercé par une douce étrangeté, et se situe dans un entre-deux, à tous les niveaux. Le rythme du film – son pouls – est à la fois donné par la voix-off de Watanabe, ainsi que par la musique omniprésente de Jonny Greenwood (membre de Radiohead, déjà compositeur de la bande originale de There Will Be Blood). Si la première est posée et apaisante, la deuxième est beaucoup plus imprévisible et se laisse aller à des élans lyriques, particulièrement dans la deuxième partie du film.
Une certaine intemporalité baigne également le film, tant ses personnages évoluant dans les années soixante semblent parfois terriblement modernes, tandis que l’apparition des étendues de forêts, tour à tour vertes ou blanches, suggère un retour en arrière ou simplement une perte des repères temporels ou chronologiques.
Le héros est lui-même placé au centre d’un triangle amoureux, entre deux femmes. L’une, Naoki, est associée à la nature, aux grandes étendues, et à un ailleurs indéterminé. L’autre, Midori, est directement liée au milieu estudiantin, beaucoup plus terre à terre, dans lequel évolue Watanabe dans la vie de tous les jours. Son monde se trouve ainsi scindé en deux parties distinctes, entre une réalité concrète et un idéal bucolique, qui le rappelle irrémédiablement au passé, à l’intemporalité. Ce personnage aux contours assez lisse est une sorte d’Alice, qui se laisserait happer par un pays des merveilles de plus en plus envahissant.

Passant totalement à côté des révoltes estudiantines qui se déroulent sous ses yeux – l’action se situe en 68 – Watanabe préfère fuir la réalité et se laisser aller vers une dimension irréelle, cette nature qui tendrait à l’universel. L’universalité se traduit ici notamment par la présence de la chanson Norwegian Wood des Beatles, qui donne son titre au film. Mais cette universalité n’est-elle pas également le symbole d'une perte progressive de l'identité japonaise ? Et ce glissement vers un monde irréel ne serait-il pas également un glissement vers un imaginaire collectif dévitalisé ?
Le film tend bel et bien vers une vision universelle des choses. C’est l’histoire d’amour qui prime sur l’époque, sur le contexte historique, et l’habillage esthétique et sonore du film ne fait qu’accentuer cette primauté de sentiments universels sur des particularités temporelles et géographiques. Mais, à côté de la belle romance qu’il nous livre, le film a le mérite de soulever cette question de la place et du rôle de l’imaginaire.
Thibaut Grégoire
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